Un demi-million de Bruxellois souffrent de l'augmentation du bruit aérien
(11-02-2026)

En raison d'un vent d'est persistant et d'une nouvelle manière d'atterrir, des centaines d'avions ? destination de Zaventem survolent désormais les zones les plus densément peuplées de Bruxelles.

Source : De Standaard (10 février 2026)

Au total, 964 avions à l’atterrissage, soit en moyenne plus de cent par jour. C’est le nombre d’appareils qui, au cours des neuf premiers jours de ce mois seulement, ont tracé leur route vers l’aéroport de Zaventem au-dessus de Lennik, Dilbeek, Molenbeek, Koekelberg, Jette, la Ville de Bruxelles, Schaerbeek et Evere. Plusieurs de ces communes comptent parmi les plus densément peuplées du pays et totalisent ensemble plus d’un demi-million d’habitants.
Il s’agit de vols qui survolent la capitale afin d’atterrir sur la piste dite 07L de Brussels Airport. Celle-ci était peu utilisée par le passé, mais une nouvelle méthode de navigation, via GPS, combinée à un vent d’est tenace, fait que, depuis décembre, elle peut être exploitée plus intensivement.
Cette situation entraîne de fortes nuisances sonores pour les Bruxellois. Selon une étude récente de l’Université libre de Bruxelles (ULB), réalisée à la demande du Service public fédéral Mobilité, 96 pour cent de ces vols à l’arrivée dépassent les normes sonores bruxelloises.
De nombreux Bruxellois n’en peuvent plus de ces nuisances. Une pétition en ligne lancée par deux collectifs citoyens bruxellois a déjà été signée plus de 6.500 fois ces dernières semaines. Les mouvements aériens au-dessus du nord-ouest de Bruxelles commencent généralement tôt le matin et se poursuivent souvent bien après minuit, avec des pics allant parfois jusqu’à un avion volant à basse altitude toutes les trois minutes.

« La route Crucke »

De plus en plus de bourgmestres prennent également la parole, après avoir été submergés de plaintes. La semaine dernière, ceux de Molenbeek, Koekelberg et Schaerbeek ont eu un entretien à ce sujet avec le cabinet de Jean-Luc Crucke (Les Engagés), ministre fédéral de la Mobilité. Il s’agissait d’« une rencontre décevante », ont-ils écrit lundi dans un communiqué de presse, au cours de laquelle ils ont appris qu’« il serait question d’une nouvelle route aérienne, qui serait encore utilisée au moins jusqu’à la fin octobre ».
Cependant, cette nouvelle méthode est imposée par la législation européenne, réagit M. Crucke, qui souligne que les responsables politiques ne dessinent pas eux-mêmes les routes aériennes. « L’utilisation de la piste 07L est un choix de Skeyes, effectué lorsque les conditions de vent l’exigent », affirme-t-il.

Le changement climatique

Skeyes n’a pas souhaité réagir. Mais « toutes les routes aériennes actuellement utilisées existaient déjà par le passé », indique Martine Van Riel, directrice adjointe du Service fédéral de médiation pour l’aéroport de Bruxelles-National. « L’utilisation des pistes est avant tout déterminée par le vent. Or, malheureusement, nous constatons ces derniers temps beaucoup plus souvent un vent d’est persistant, un phénomène causé par le changement climatique. Et lorsque le vent souffle de l’est à une certaine vitesse, les règles de sécurité imposent d’atterrir sur la piste 07L. Cela implique alors une approche au-dessus du nord-ouest densément peuplé de Bruxelles. »
Selon le Service de médiation, il y a en outre eu « une conjonction malheureuse de plusieurs circonstances, ces derniers mois ». Ainsi, l’été dernier, l’une des trois pistes de Brussels Airport a été rénovée pendant près d’un mois et demi, ce qui avait déjà conduit à un recours plus fréquent à la piste 07L.
« Dans ce cadre, les avions suivent tous une même ligne droite vers la piste d’atterrissage, ce qui leur permet d’atterrir plus rapidement les uns après les autres », explique le ministre bruxellois sortant de l’Environnement Alain Marron (Ecolo), qui a récemment encore contesté le permis d’extension de l’aéroport. M. Marron parle de « la route Crucke », car c’est le ministre fédéral de la Mobilité qui a donné son feu vert, en avril de l’an dernier, à une nouvelle méthode de navigation selon laquelle les pilotes suivent, via GPS, une trajectoire extrêmement précise. Celle-ci doit remplacer la navigation fondée sur des signaux émis depuis les stations au sol.
Enfin, il y a l’impact de la nouvelle méthode de navigation, poursuit Mme Van Riel. « Le fait que cela se fasse désormais sur la base de satellites est objectivement beaucoup plus sûr. » Cela permet aussi de survoler Bruxelles en cas de faible couverture nuageuse ou de brouillard. Les routes aériennes ont non seulement été légèrement déplacées, mais les avions peuvent également, à une distance beaucoup plus grande de l’aéroport, s’aligner sur une même position et passer tous par les mêmes points vers la piste d’atterrissage, explique-t-elle. « Pour les personnes qui n’étaient pas survolées auparavant et qui, par vent d’est, entendent désormais en permanence des avions passer, c’est évidemment très perturbant. La sécurité s’est accrue, mais nous comprenons que ces personnes n’y voient peut-être guère de consolation. »

Un impact important

M. Crucke dit être « conscient des préoccupations légitimes des riverains ». Déjà en juin dernier, le SPF a commandé une étude d’impact à l’ULB. Celle-ci conclut à présent que les atterrissages via GPS sur la piste 07L ont un impact important sur le nombre d’habitants confrontés aux nuisances sonores. Les atterrissages sur la piste 07 touchent de 4,8 à 13,5 fois plus de riverains que ceux sur la piste 1, écrivent les chercheurs. « L’utilisation de la piste 07 doit rester exceptionnelle », indiquent-ils.
Dans l’attente d’analyses d’impact complémentaires et d’alternatives possibles, le système actuel restera en vigueur jusqu’au 31 octobre, précise Jean-Luc Crucke. Entre-temps, il souhaite organiser plusieurs moments de concertation avec les bourgmestres, le SPF Mobilité et Skeyes



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