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Recours contre le permis d'environnement de Liège Airport
(16-03-2025)
Le recours des opposants de Liège Airport risque de se retourner contre les riverains
Source : Le Soir (15 mars 2025)
L'avis de l'auditeur du Conseil d'Etat donne raison aux plaignants (la commune d'Awans et des associations). Il fragilise donc le nouveau permis (déjà modifié une fois) que le gouvernement pourrait modifier en défaveur des riverains. Des questions se posent également sur le futur permis de l'aéroport de Charleroi.
Quand elle a introduit un recours contre le nouveau permis d'environnement qui cadrait le fonctionnement de l'aéroport de Liège pour les 20 ans à venir, la commune d'Awans (suivie par deux associations, Canopea et Dryade) visait avant tout à protéger sa population contre l'augmentation de bruit et des nuisances si l'aéroport passe de 35.000 vols par an, aujourd'hui, à 55.000 en 2043, ainsi que contre le trafic routier proportionnel qui risque d'affecter ses quartiers. L'auditeur du Conseil d'Etat vient de suggérer de leur donner raison en invitant le Conseil à annuler le permis. Ce qui aurait pu passer pour une bonne nouvelle pour la commune et tous les riverains, pourrait en fait se retourner contre eux. Et contaminer le renouvellement, en cours, du permis d'environnement de l'aéroport de Charleroi. Potentiellement, l'ironie du sort pourrait tourner au cynisme le plus complet.
L'annulation du permis suggérée
Pour la deuxième fois, l'auditorat du Conseil d'Etat suggère d'annuler le permis accordé par le gouvernement wallon à Liege Airport. Un premier permis avait été accordé en janvier 2023, un recours a été introduit par les deux associations et l'avis de l'auditeur (celui qui prépare la réponse finale du Conseil d'Etat) leur avait donné raison. Le moyen retenu portait, pour faire simple, sur l'absence de justification du gouvernement qui avait accordé un maximum de 55.000 vols par an, alors que l'administration qui prépare le permis en prévoyait 50.000 (l'aéroport en demande 69.000). Pourquoi 5.000 vols en plus ? Plutôt que de risquer de voir l'avis de l'auditeur suivi, le gouvernement wallon avait opéré un « retrait-réfection » et remplacé le permis par un autre, mieux argumenté pour répondre aux critiques de l'avis.
C'est cette deuxième version du permis (juillet 2024) que la commune d'Awans et les deux associations ont attaqué à nouveau. L'avis de l'auditeur leur donne à nouveau raison. Cette fois, il suit les plaignants qui estiment que l'étude d'incidences, préalable à l'octroi du permis, et qui doit préciser tous les impacts potentiels de l'exploitation future de l'aéroport (sur l'environnement, sur les riverains…), n'est pas suffisamment étayée, voire incomplète. Entre autres, elle ne quantifie pas l'impact des émissions de CO2 et autres particules néfastes quand Liege Airport accueillera 55.000 vols par an. Sans ces calculs, estiment les plaignants, les décideurs n'avaient pas en main toutes les informations nécessaires à la décision.
Un gouvernement « soutenant »
Il est clair que l'avis de l'auditeur n'est qu'une étape avant la décision finale du Conseil d'Etat (qui suit généralement son auditeur dans 90 % des cas). La procédure appelle la réaction des parties mises en cause, ce qui peut prendre plusieurs mois avant que le Conseil rende finalement son arrêt. N'empêche que pour l'aéroport comme pour le gouvernement, l'incertitude est installée.
Face à cette situation, cette semaine, la ministre wallonne des Aéroports, Cécile Neven (MR), a assuré que le gouvernement wallon serait « soutenant ». Rien d'étonnant, le développement des aéroports est une priorité de la déclaration de politique régionale. Chez son collègue en charge de l'Aménagement du territoire, François Desquesnes (Engagés), on relève que « le permis a été délivré par le précédent gouvernement. Nous analysons pour le moment les deux rapports de l'auditeur du Conseil d'Etat avec nos administrations et avec nos services juridiques. Il existe dès lors plusieurs options sur lesquelles nous travaillons actuellement et qui seront présentées au gouvernement wallon ».
Deux inquiétudes
Cette situation soulève deux inquiétudes. Pour les plaignants d'abord. Communes, associations ou riverains qui craignent que le développement des activités aéroportuaires augmente les nuisances qu'ils subissent (bruit, émissions polluantes…). Dans les (rares) options qui s'offrent à lui, le gouvernement va certainement répéter un « retrait-réfection » pour répondre aux arguments retenus par le Conseil d'Etat (et éviter qu'un arrêt définitif du CE ne fasse jurisprudence en la matière). Si l'erreur de l'étude d'incidences est de ne pas préciser le niveau des émissions néfastes à 55.000 vols/an… qu'en est-il si on ne fixe plus de niveau maximum ? Il devient impossible d'évaluer un futur impact… Voilà qui plaira à l'aéroport et au gouvernement qui le soutient. Le fait que le recours déposé s'avère fondé, légitime, risque donc d'engendrer une réaction contraire à ce qu'espéraient les plaignants.
Quasi au même moment, à Charleroi s'achève la procédure de renouvellement du permis d'environnement de l'aéroport. Dont l'étude d'incidences a été réalisée par la même société, sans doute sur la base d'un cahier des charges très semblable. Elle pourrait donc faire l'objet des mêmes critiques et potentiels recours. Donc risquer d'affaiblir toute la procédure. Et inciter le gouvernement à ne plus fixer de limites du nombre de vols admissible d'ici 20 ans ? Ce qui arrangerait, ici encore, l'aéroport et le gouvernement. Mais pas les riverains. L'aéroport carolo se veut rassurant (pour lui) : « Nous n'excluons pas des recours bien évidemment comme toute entreprise en attente de son permis d'environnement. Toute étude d'incidences est spécifique aux activités de l'entreprise et dans notre cas, elle est à ce titre différente de celle des autres aéroports. »
