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La Wallonie en retard pour contrer le bruit de l'aéroport de Charleroi
(12-11-2025)
Une directive européenne de 2002 oblige les Etats (et Régions) à produire des cartes stratégiques des zones de fortes nuisances sonores. Accompagnées de la stratégie prévue pour les atténuer. La Région wallonne devait rendre sa nouvelle copie en juin 2025
Source : Le Soir (12 novembre 2025)
La Wallonie est-elle en infraction avec des règles européennes en matière de bruit des aéroports ? Celui de Charleroi en tout cas. Ça fait plus de dix ans qu’elle devrait avoir publié une « carte stratégique du bruit » de ce dernier. Une (déjà vieille) directive européenne, 2002/49/CE de son petit nom, impose aux différents Etats membres de l’Union qu’« au plus tard après le 30 juin 2005, puis tous les cinq ans, les Etats membres informent la Commission européenne de la présence sur leur territoire de certaines infrastructures génératrices de bruit, notamment les sites aéroportuaires qualifiés de “grands aéroports”». Il en va de même pour les grands axes routiers (plus de trois millions de véhicules par an), ferroviaires (plus de 30.000 passages par an) et les agglomérations de plus de 250.000 habitants. En plus de ces cartes, la Région doit également fournir un plan d’action « visant à prévenir et à réduire, si cela est nécessaire, le bruit dans l’environnement ».
En 2020, la Wallonie n’a pas fourni cette carte aéroportuaire, hésitant à reconnaître l’aéroport de Charleroi comme un « grand aéroport ». Un critère qui s’applique pour les aéroports qui recueillent plus de 50.000 mouvements par an. Selon le SPF Mobilité, on en a recensé 82.050 en 2019 et 45.448 en 2020 (année covid). La Région invoquait, un peu facilement, son incapacité à répondre par manque de précision légale dans la définition des « vols d’entraînements pour les écoles de pilotage ». « Néanmoins, en 2020, l’agglomération de Charleroi a été désignée comme agglomération répondant aux critères de la directive européenne 2002/49/CE et l’aéroport de Charleroi en tant que source de bruit de cette dernière », détaille la ministre des Aéroports Cécile Neven (MR) dans une réponse à une question écrite de la députée Bénédicte Linard (Ecolo).
Alors qu’un nouveau recensement des sources de bruit devait être transmis pour ce mois de juin 2025, ce n’est que ce 17 juillet que le gouvernement wallon a dressé la liste d’infrastructures génératrices de bruit dans laquelle l’aéroport de Charleroi est considéré comme un « grand aéroport » (91.000 mouvements en 2024, dont ceux des écoles de pilotage qu’il ne faut pas prendre en compte). On notera, en passant, que l’aéroport de Liège, premier aéroport fret du pays, ouvert 24 h/24 et 7 j/7, n’est pas considéré comme un « grand aéroport générateur de bruit »…
Ce n’est donc que le 17 juillet que le gouvernement wallon a adopté un « arrêté délimitant les agglomérations et infrastructures devant faire l’objet de cartographies acoustiques pour le 30 juin 2027 ». On y prévoit une cartographie mais aussi un plan d’action. C’est le cabinet du ministre de l’Environnement, Yves Coppieters (Les Engagés) qui est chargé du suivi, pas la ministre des Aéroports. Encore faut-il s’entendre sur la manière et les critères pris en compte. La crainte des riverains, c’est que la Région se contente des cartes d’exposition au bruit (PEB) et du plan de développement à long terme (PDLT) qui existent déjà. Les associations de riverains, à Liège comme à Charleroi, réclament depuis longtemps des cartes faisant mieux écho au bruit maximum (Lmax) généré par les avions qu’au bruit moyen lissé sur une journée (Lden).
Pour la stratégie, le gouvernement soutient on ne peut plus clairement un développement des activités des aéroports wallons. Comment, alors, concilier un plan stratégique de réduction du bruit et des nuisances réclamé par l’Europe en espérant plus de vols ? En pariant simplement sur des avions moins bruyants (il faut reconnaître que Ryanair, dans ce cas-là, est déjà plutôt mieux loti que les autres compagnies) ? En appliquant enfin des sanctions pour les dépassements des normes sonores, jusqu’ici plus symboliques qu’effectives ? Que prévoit le ministre Yves Coppieters, en charge de l’Environnement et de la santé ? Réponse de son cabinet : « Le Service public de Wallonie (Mobilité et Infrastructures) conduit actuellement la nouvelle cartographie acoustique des grandes agglomérations et infrastructures, conformément aux obligations européennes. Cette démarche vise à actualiser les données d’exposition sonore de la population et à préparer les futurs plans d’action. » Le cabinet souligne également que le nouveau permis de l’aéroport de Charleroi « intègre un monitoring permanent du bruit, la réduction des vols tardifs, la limitation des mouvements nocturnes, une tarification incitative et des sanctions renforcées, afin de concilier activité aéroportuaire et respect du cadre de vie des riverains ». Suffisant pour atténuer les nuisances aux yeux de l’Europe ?
Une stratégie à définir avant juin 2027?
D’après une réponse de l’administration wallonne à un courrier, la Région a bel et bien transmis la liste des points bruyants mais elle dispose jusqu’au 30 juin 2027 pour établir une cartographie stratégique du bruit des infrastructures de transport et agglomérations définies par le gouvernement wallon. « La Région wallonne est en infraction en n’ayant pas notifié officiellement les cartes stratégiques pour le 30 juin 2025. C’est une illustration supplémentaire de l’absence d’application du principe de précaution, et une totale absence de volonté d’équilibre entre la santé des riverains et le développement économique », réagit Luc Hindryckx, président de l’ASBL Stop aux nuisances de Charleroi.
Ce n’est donc que le 17 juillet que le gouvernement wallon a adopté un « arrêté délimitant les agglomérations et infrastructures devant faire l’objet de cartographies acoustiques pour le 30 juin 2027 ». On y prévoit une cartographie mais aussi un plan d’action. C’est le cabinet du ministre de l’Environnement, Yves Coppieters (Les Engagés) qui est chargé du suivi, pas la ministre des Aéroports. Encore faut-il s’entendre sur la manière et les critères pris en compte. La crainte des riverains, c’est que la Région se contente des cartes d’exposition au bruit (PEB) et du plan de développement à long terme (PDLT) qui existent déjà. Les associations de riverains, à Liège comme à Charleroi, réclament depuis longtemps des cartes faisant mieux écho au bruit maximum (Lmax) généré par les avions qu’au bruit moyen lissé sur une journée (Lden).
Pour la stratégie, le gouvernement soutient on ne peut plus clairement un développement des activités des aéroports wallons. Comment, alors, concilier un plan stratégique de réduction du bruit et des nuisances réclamé par l’Europe en espérant plus de vols ? En pariant simplement sur des avions moins bruyants (il faut reconnaître que Ryanair, dans ce cas-là, est déjà plutôt mieux loti que les autres compagnies) ? En appliquant enfin des sanctions pour les dépassements des normes sonores, jusqu’ici plus symboliques qu’effectives ? Que prévoit le ministre Yves Coppieters, en charge de l’Environnement et de la santé ? Réponse de son cabinet : « Le Service public de Wallonie (Mobilité et Infrastructures) conduit actuellement la nouvelle cartographie acoustique des grandes agglomérations et infrastructures, conformément aux obligations européennes. Cette démarche vise à actualiser les données d’exposition sonore de la population et à préparer les futurs plans d’action. » Le cabinet souligne également que le nouveau permis de l’aéroport de Charleroi « intègre un monitoring permanent du bruit, la réduction des vols tardifs, la limitation des mouvements nocturnes, une tarification incitative et des sanctions renforcées, afin de concilier activité aéroportuaire et respect du cadre de vie des riverains ». Suffisant pour atténuer les nuisances aux yeux de l’Europe ?
