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Le gouvernement wallon s'en prend à De Wever et à Charleroi pour protéger son aéroport
(08-02-2026)
Sur deux fronts à la fois, le gouvernement wallon tente de protéger l'aéroport de Charleroi contre de nouvelles taxes. La menace de Ryanair de supprimer des vols a fait son effet.
Source : De Standaard (7 février 2026)
« Cette décision porte atteinte à l’autonomie des Régions » et « vous ignorez les effets négatifs de votre décision sur notre région ». En des termes sans équivoque, le gouvernement wallon a envoyé une lettre au Premier ministre De Wever pour contester la hausse de la taxe sur les billets d’avion. Cette taxe, payée par tous ceux qui prennent l’avion, est déjà passée de 2 à 5 euros par personne et passera l’an prochain à 10 euros.
Le gouvernement wallon demande d’urgence une concertation, car selon lui la nouvelle taxe aura un impact sur 1.100 emplois sur et autour de l’aéroport et signifiera une perte de recettes économiques et touristiques de plus de 95 millions d’euros pour la Wallonie.
Le gouvernement juge la taxe sur les billets d’avion du gouvernement fédéral injuste, parce qu’elle ne tient compte ni du prix initial des billets d’avion ni du fait qu’il s’agisse d’un vol long ou court. Tous ceux qui prennent l’avion paient la même taxe. « C’est discriminatoire et l’aéroport de Charleroi est touché de manière disproportionnée, plus que les autres aéroports. »
Le gouvernement wallon qualifie la taxe sur les billets d’avion de décision presque communautaire, « car cette mesure a des effets plus importants pour une région que pour une autre. » Et aussi : « Cette décision fédérale limite nos possibilités de croissance économique. »
Bras de fer avec le PS
Mais la taxe fédérale n’est pas la seule taxe que le gouvernement wallon attaque. La commune de Charleroi elle-même a aussi imposé à l’aéroport une taxe supplémentaire de trois euros par passager au départ, afin d’enrichir la caisse de la ville de treize à seize millions d’euros. Le gouvernement wallon a supprimé cette taxe aujourd’hui.
Selon le ministre wallon de l’Économie Pierre-Yves Jeholet (MR), cette taxe aurait un « impact dramatique » sur l’aéroport. Lors d’une conférence de presse, ce poids lourd du MR au gouvernement wallon a parlé d’« une stupidité économique ». Pour les initiés : Charleroi est dirigée par le bourgmestre PS Thomas Dermine, mais le parti Les Engagés y participe à la coalition. Et Les Engagés siègent aussi au gouvernement wallon, le gouvernement qui supprime maintenant cette taxe.
Le gouvernement wallon reconnaît que les communes disposent d’une certaine autonomie pour des taxes supplémentaires, mais Charleroi n’aurait pas compétence pour cette nouvelle taxe, parce qu’elle a un impact sur l’ensemble de l’économie wallonne. Selon le gouvernement wallon, le budget de Charleroi reste d’ailleurs à l’équilibre même sans cette taxe communale supplémentaire, grâce à des crédits budgétaires non utilisés de l’an dernier.
La décision du gouvernement wallon ne peut être dissociée de la menace de Ryanair, qui représente 85 pour cent des vols au départ de Charleroi, de supprimer un certain nombre de vols au départ de Charleroi. Ryanair avait alors qualifié les taxes supplémentaires de franchement stupides. « Ryanair demande dès lors au Premier ministre De Wever de revenir sur cette décision stupide, parce qu’elle nuit à la compétitivité belge et que la Belgique va perdre des millions de passagers et des milliers de vols. »
Ryanair se réjouit évidemment que la taxe locale de la commune de Charleroi soit déjà supprimée. Mais cela ne suffit pas, car l’augmentation de la taxe fédérale existe toujours, dit Ryanair. Et la compagnie maintient, pour l’instant, qu’elle retirera cinq de ses dix-neuf avions de Charleroi à partir de la saison d’hiver 2026-2027. La capacité sera réduite d’un million de sièges.
Le bourgmestre de Charleroi est moins satisfait, lui, car il perd désormais jusqu’à 15 millions d’euros. « Nous étions en concertation à ce sujet avec le gouvernement wallon (il était question d’un prêt plus important de la Région à la ville, ndlr) mais le président du MR Bouchez a torpillé cela. Il a besoin d’un modèle de conflit », déclare-t-il dans La Libre Belgique.
