L'enquête publique sur le renouvellement du permis
d'environnement de Brussels Airport s'est déroulée jusqu'à la semaine
passée. Le Bond Beter Leefmilieu, en collaboration avec des associations
environnementales et des groupes de riverains de l'aéroport, a élaboré une
objection détaillée. Selon eux, le rapport d'impact environnemental est non
seulement incomplet, mais Brussels Airport ne remplit même pas ses
obligations légales en matière d'oxydes d'azote et de gaz à effet de serre.
Et ce, alors que l'impact de l'aéroport est bien plus important que celui
du craqueur d'éthane controversé d'Ineos dans le port d'Anvers.
Nocif pour l'homme et la nature
L'année dernière, dans une étude commandée par Bond Beter Leefmilieu,
le cabinet d'études Envisa a révélé à quel point le bruit d'un trafic
aérien intense est préjudiciable. Jusqu'à une distance de plus de 30 km de
l'aéroport, plus de 50 000 riverains courent un risque fortement accru de maladies
cardiovasculaires. Mais les émissions de poussières ultrafines et les
substances cancérigènes mettent également en péril la santé des travailleurs et des
riverains.
En outre, l'aéroport a une énorme empreinte écologique.
Par exemple, ses émissions annuelles d'oxyde d'azote sont six fois plus
élevées que les émissions prévues du craqueur d'éthane très controversé
d'Ineos dans le port d'Anvers. Et aucune entreprise en Belgique n'émet
autant de CO2 que Brussels Airport, si l'on tient compte du trafic aérien
au départ et à l'arrivée.
Omission coupable pour l'homme et la nature
Dans le cadre de la demande du nouveau permis
d'environnement illimité dans le temps, l'exploitant de l'aéroport fait
preuve de peu d'ambition, déclare Jasper Wouters du Bond Beter Leefmilieu :
"Brussels Airport Company prétend s'engager
fortement en faveur de la durabilité et de la qualité de vie des riverains.
En pratique, elle investit principalement dans des parcs de panneaux
solaires et dans l'électrification du trafic au sol. Et elle espère qu'à
l'avenir, les nouveaux avions seront moins bruyants et émettront moins de
substances nocives grâce aux biocarburants. Mais leurs engagements non
contraignants se traduiront dans la pratique, au mieux, par des gains très
limités en matière d'environnement et de santé ; au pire, la situation
s'aggravera encore. Par exemple, les émissions d'oxyde d'azote provenant du
trafic aérien augmenteraient tout simplement de 17 %. Et ce, alors que les
valeurs critiques de dépôt dans les zones Natura 2000 avoisinantes sont
déjà largement dépassées. En outre, le trafic routier supplémentaire que
l'aéroport attirera augmentera de 10 à 20 % d'ici 2032 les heures de pointe
du matin et du soir sur le périphérique de Bruxelles et aux alentours. Le
transfert modal prévu ne se fera donc guère sentir sur la route".
Pas de plan climatique crédible
Naomi Cambien, du Bond Beter Leefmilieu, estime que les émissions de gaz à effet de serre dues au
trafic aérien constituent une autre préoccupation majeure : "
L'aéroport devrait profiter de ce renouvellement de
licence pour investir massivement dans des infrastructures de
ravitaillement en hydrogène et en kérozène synthétique. Ces carburants ont
le potentiel de réduire considérablement les émissions du trafic aérien. Ce
qu'il nous faut maintenant, ce sont des investissements au niveau de
l'aéroport. Cependant, la demande de permis de Brussels Airport ne va pas
au-delà de promesses non contraignantes de mélanger certains biocarburants
au kérozène. Alors qu'il a déjà été amplement démontré que l'on peut très facilement frauder
dans ce domaine et qu'ils n'ont que peu ou pas d'impact sur le
climat".
Ce faisant, l'aéroport risque de se tirer une balle dans
le pied. Car selon les plans climatiques, qu'ils soient internationaux,
belges ou flamands, l'aéroport doit investir dans ces nouvelles
technologies et l'impact climatique du trafic aérien doit être
drastiquement réduit. C'est pourquoi le mouvement environnemental demande que
le permis contienne des garanties claires concernant la réalisation de la
neutralité climatique, liées à des mesures et des budgets crédibles.
La ministre Demir peut et doit protéger la santé,
l'environnement et l'emploi
Entre-temps, plus de 4 000 objections ont déjà été
déposées par des résidents locaux, et leur nombre est appelé à augmenter.
Une fois ces objections traitées, c'est au tour de la ministre Demir de
jouer. Jasper Wouters, du
Bond Beter Leefmilieu, estime qu'il existe d'énormes
possibilités de transformer ce dossier qui donne des maux de tête en un
dossier exemplaire :
"Le bureau d'études Transport & Mobility Leuven
a calculé que la suppression progressive des vols de
nuit et des vols court-courriers entraînerait un gain annuel d'environ 400
millions d'euros sur le plan de la santé et de l'environnement. Dans le
même temps, il existe un grand potentiel de sécurisation de l'emploi.
L'étude montre que le rail emploie plus de personnes par passager-kilomètre
que l'aviation. L'emploi peut donc augmenter si des programmes de recyclage
et d'accompagnement des travailleurs et des demandeurs d'emploi sont mis en
place à temps."
Les solutions sont donc disponibles. Il appartient
maintenant à la ministre Demir d'imposer à l'aéroport des objectifs et des
mesures clairs afin de réduire considérablement le bruit et les émissions,
et d'investir dans les technologies de l'avenir. Nous pourrons ainsi
maintenir les niveaux d'emploi et de connectivité de notre pays tout en
protégeant la santé des résidents locaux, des travailleurs et de
l'environnement.
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