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Bruit, pollution et santé oubliés dans le renouvellement du permis de l'aéroport de Charleroi ?
(22-02-2025)
Le comité Stop aux nuisances de l'aéroport de Charleroi dénonce des lacunes en ce qui concerne le calcul des nuisances sonores, les sources de pollution et la santé des riverains.
Source : Le Soir (22 février 2025)
En janvier 2024, la Région wallonne se plaignait de n'avoir que 50 jours pour analyser et donner son avis sur la demande de renouvellement de permis de l'aéroport de Bruxelles. Et pour le renouvellement de celui de l'aéroport de Charleroi, la même Région nous donne un petit mois pour analyser des milliers de pages, quelques jours pour analyser une étude qui a pris deux ans à être élaborée. » La procédure de consultation de la population pour le renouvellement de permis d'environnement de l'aéroport carolo entamée le 27 janvier prend fin le 25 février.
Les membres du comité Stop aux nuisances de l'aéroport de Charleroi avouent une certaine fatigue à force de lire les milliers de pages qui constituent le rapport, notamment l'étude d'incidence qui leur paraît au minimum très incomplète. Mais ils déposeront leurs nombreuses remarques en temps et heure. Derrière ce travail « titanesque », Alain Tondeur, Bernard Page et Nicole Vandemaele insistent : « On ne veut pas la fermeture de l'aéroport. On veut que l'exploitation reste au même niveau qu'aujourd'hui, qu'ils fassent et respectent ce qu'ils doivent, puis on verra pour augmenter quand et s'ils ont répondu aux nombreux problèmes qui existent déjà. »
Alain Tondeur rappelle que le comité a organisé plusieurs réunions d'information au public sur le sujet (Fleurus, Heppignies, Roux, Jumet, Anderlues) avec chaque fois plus d'une cinquantaine de riverains. Le comité dresse la longue liste des points jugés non traités ou mal traités dans la procédure avec, notamment, une priorité pour le respect des normes de bruit, la pollution et la santé. Avec deux rappels préalables : comme Charleroi est un aéroport de jour (de 6 h 30 jusqu'à 23 h, en théorie), la Région n'insonorise que deux pièces « de jour », donc pas les chambres, contrairement aux maisons des riverains de l'aéroport de Liège. Le comité dénonce les très/trop nombreux vols qui dépassent ces horaires par des retours plus tardifs. « En 2023, il n'y a eu que douze jours sans dépassement des horaires », résume Bernard Page.
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Le bruit
On a entendu le même reproche lors du renouvellement de permis de l'aéroport de Liège. Les règles se basent sur un indice de bruit qui n'est pas adapté à la réalité. L'indice pris en compte, le Lden (moyenne de bruit jour et nuit) lisse les pics de bruit (Lmax) qui sont nocifs à la santé. « C'est comme si, pour un enfant qui a 40 °C de fièvre, on disait que sur l'ensemble de la journée et de la nuit il n'a eu que 37,5 °C de moyenne », explique Nicole Vandemaele, riveraine mais aussi médecin. Elle insiste : dans l'étude d'incidence comme dans tous les autres documents, la santé des riverains est négligée. « Une bonne santé, ce n'est pas que l'absence de maladie avérée, c'est de vivre dans un environnement sain, avec le droit au repos, y compris pour les personnes qui travaillent de nuit et se reposent le jour. »
« Il y a une arnaque avec le bruit », poursuit Alain Tondeur. « Ils disent que le bruit, globalement, va diminuer alors qu'on prévoit 67 % de vols en plus pour 2045 (83.000 mouvements). Le bruit va, peut-être, si on les croit, diminuer de moitié, soit 3 décibels mais il y aura 67 % de pics de bruit en plus. »
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La pollution
Une des nombreuses inquiétudes du comité, c'est la pollution des eaux souterraines aux Pfas reconnue dans l'étude d'incidence. Avec ce commentaire : « Ces pollutions du sol et des eaux souterraines sont désormais connues (pollutions liées aux hydrocarbures, HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), métaux lourds, huiles, produits déverglaçants, Pfas…) et seront étudiées ultérieurement lors d'une étude de caractérisation. Cette étude de caractérisation permettra de définir les volumétries des pollutions ainsi que la nécessité ou non de les assainir (par le biais notamment de la réalisation d'une étude de risques sur la santé humaine, l'environnement et les eaux souterraines). »
« L'étude reconnaît aussi une pollution des eaux de surface avec des concentrations jusqu'à 32 fois supérieures aux normes dans les eaux du Tintia qui se répand dans le voisinage après son passage à proximité de l'aéroport. Une étude d'incidence qui reporte l'analyse des impacts sanitaires importants à une étude de caractérisation des menaces sur la santé à venir, où va-t-on ? », continue Nicole Vandemaele.
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Pas de sanction
Autre constat, la non-application des sanctions pour les avions et les compagnies aériennes qui dépassent les normes de bruit. « Il y a eu 1.500 dépassements qui ont donné lieu à cinq amendes », résume Bernard Page, « soit un total de 1.000 euros en tout ! ». En plus de ce manque d'application des règles, le comité Stop aux nuisances de l'aéroport de Charleroi constate et regrette que l'Acnaw (Autorité de contrôle des nuisances sonores aéroportuaires en Wallonie) voie ses moyens réduits. « C'est l'autorité qui est chargée de surveiller que chacun respecte les règles et on la rend inopérante », résument les riverains. « Le président de l'Acnaw reconnaît qu'il n'a plus les moyens d'assurer ses missions. »
La liste des griefs du comité est longue. Elle sera développée dans ses avis rendus d'ici le 25 février. On y parlera encore de la viabilité à long terme des quartiers, de la réalité et de la qualité des emplois vraiment générés par l'activité aéroportuaire (pas sur le site), des émissions de particules ultrafines des avions, de l'absence des riverains dans le comité d'accompagnement de l'aéroport, etc.
Avec un gouvernement wallon qui affirme son soutien au développement des aéroports wallons dans sa déclaration de politique régionale, les riverains savent que leur voix ne sera sans doute pas assez prise en considération. C'est pourquoi d'autres actions, à plus long terme, sont également envisagées.
