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La décarbonation de l'aérien coûtera 2.400 milliards d'euros
(05-02-2025)
Le secteur aérien européen (compagnies, aéroports, contrôle aérien…) a mis à jour sa feuille de route pour atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050.
Source : Le Soir (5 février 2025)
Article par Eric Renette
« Seul, on n'y arrivera pas ». L'Europe est appelée à l'aide d'autant que plus on attend, plus ça coûtera cher.
Le secteur aérien européen (compagnies aériennes, aéroports, industrie aéronautique et contrôle aérien réunis dans l'association Destination 2050) a déposé sa nouvelle feuille de route pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 et respecter ainsi ses engagements. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il reste du chemin et que l'appel qu'il lance aux décideurs de l'Union européenne se fait de plus en plus pressant.
Le secteur reconnaît une fois encore que seul, il n'y arrivera pas. Et que les décisions sont urgentes : « Les cinq prochaines années sont cruciales et offrent une fenêtre étroite mais décisive pour mettre en place les politiques et stratégies nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques de l'Europe à l'horizon 2050 », peut-on lire dans leur nouvelle feuille de route « détaillée et scientifiquement étayée » ; une mise à jour de la première qui date de 2021. Avec cette précision : « Le temps presse ; nous n'avons qu'un seul mandat crucial de l'UE devant nous pour définir la trajectoire à suivre. Cela nécessite d'améliorer, de déployer et de mettre en Å“uvre le cadre politique nécessaire pour faire la transition de l'aviation. »
Dressant la liste des progrès réalisés pour atteindre cet objectif, le secteur souligne que les constructeurs proposent aujourd'hui des avions qui produisent 20 à 25 % moins d'émissions de CO2. « Aujourd'hui, 30 % de la flotte mondiale des compagnies aériennes exploite ces avions de pointe », mais en précisant tout de suite que « 70 % doivent encore être livrés »… symbole de la différence entre les engagements du secteur et la réalité. D'autant que plus on attend, plus la décarbonation coûte et coûtera cher. « La décarbonation du secteur de l'aviation nécessite des investissements substantiels. Cette feuille de route actualisée de Destination 2050 estime les dépenses totales à 2.400 milliards d'euros, soit une augmentation de 510 milliards d'euros (+27 %) par rapport aux 1.890 milliards d'euros identifiés dans le rapport The Price of Net Zero (à l'exclusion des coûts des carburants conventionnels). La majeure partie de cette augmentation est due à la hausse des dépenses liées aux primes, qui sont passées de 820 milliards d'euros à 1.300 milliards d'euros (+57 %), en grande partie en raison des estimations plus élevées du prix du marché du carburant aviation durable (SAF). »
Pour arriver à ces résultats, le secteur aérien ne doit pas être le seul à fournir des efforts. « En 2050, la demande totale d'électricité pour les SAF, l'hydrogène et les technologies d'élimination du carbone atteindra 762 TWh/an (NDLR : l'équivalent de la production de 100 réacteurs de la génération actuelle). »
Prioriser l'aviation
Le secteur aérien affirme qu'il « est clair que sans action à court terme de la part de l'industrie et des décideurs politiques sur toutes les mesures de durabilité, cette trajectoire ambitieuse de décarbonation deviendra de plus en plus difficile, voire impossible, à suivre ». Il demande donc à ce que les autorités « priorisent l'aviation dans le cadre du futur Clean Industrial Deal et établissent une stratégie industrielle aérienne spécifique, favorisant la décarbonation tout en renforçant la compétitivité mondiale ». Qu'elles fassent aussi « de l'industrie naissante du SAF en Europe une nouvelle success story, générant prospérité, créant des emplois, renforçant la souveraineté énergétique et construisant une résilience stratégique dans un contexte géopolitique complexe ».
Pour cela, les acteurs du secteur aérien « exhortent la Commission européenne à reconnaître que l'aéronautique et l'aviation civile sont des secteurs stratégiques pour l'Europe ». Suivent onze actions nécessaires pour rendre l'objectif de la décarbonation en 2050 réalisable. Un appel à l'aide, pour l'instant. Avant un prochain « au secours ».
