Publications
La Région va-t-elle limiter les vols à l'aéroport de Charleroi ?
(06-06-2025)
La proposition de permis des fonctionnaires de la Région veut limiter le nombre de vols à 72.833 par an, loin des 82.000 prévus dans le masterplan de l'aéroport et beaucoup plus que la réduction à 30.000 demandée par les riverains.
Source : Le Soir (5 juin 2025)
La première question qui saute aux yeux à la lecture (rapide) des 442 pages de la proposition de renouvellement de permis d'environnement pour les 20 prochaines années à l'aéroport de Charleroi, délivrée ce 27 mai par les fonctionnaires technique et délégué, c'est : pourquoi autoriser 72.833 vols par an ? D'où vient ce chiffre précis et pas arrondi ? Dans son premier masterplan, l'aéroport carolo prévoyait 82.000 vols pour 2041 afin d'acheminer 16 millions de passagers. De leurs côtés, dans leurs doléances, les riverains de l'aéroport demandaient plutôt que le nombre soit ramené à 30.000 mouvements « commerciaux » (pour les gros avions de plus de 19 passagers) maximum par an. Ils risquent d'être déçus.
Apparemment, le chiffre précis accordé dans la proposition de permis correspond à un pourcentage (46 %) en plus par rapport à l'activité de 2019 (celle d'avant la crise covid, les autres statistiques disponibles au moment du lancement de la procédure de renouvellement n'étant pas assez représentatives).
Pour les riverains, dont le dossier de revendications était très étoffé après une très décevante étude d'incidence (à leurs yeux et aux yeux des riverains des autres aéroports dont on a renouvelé le permis ces dernières années, Bruxelles et Liège), la seule maigre compensation qu'ils trouveront, peut-être, dans la proposition de permis des fonctionnaires, c'est que le permis demande à l'aéroport de « déprogrammer les arrivées prévues entre 22 h 45 et 23 h ». Tant que cet effort ne sera pas adopté, le nombre de places de parking pour avions serait limité à 20, sur les 22 places disponibles aujourd'hui. Un petit quart d'heure de gagné, là où les arrivées tardives (au-delà de l'heure maximale fixée) sont déjà quotidiennes, dénonçaient les mêmes riverains.
Dans les autres mesures proposées, on parle de rendre systématique une campagne de mesure du bruit généré par l'activité aéroportuaire au-delà de la zone d'exposition au bruit contrôlée par le réseau de sonomètres, là où les plaintes sont les plus nombreuses, d'envisager la construction d'un mur anti-bruit et, enfin, de forcer l'aéroport à plus de transparence en créant « une plateforme interactive en ligne pour établir un dialogue "e;constructif"e; entre riverains et exploitant », où seraient publiés les relevés quotidiens des sonomètres…
Le reste des 442 pages est, comme pour le permis de Liège (qui en est bientôt à sa quatrième version puisque de nombreuses lacunes obligent le gouvernement à l'adapter aux différents recours déposés et qui s'avèrent fondés), une succession d'« attendus » qui compilent les arguments des uns et des autres, surtout de l'étude d'incidence (dont la valeur a été très contestée par les riverains, tant à Liège qu'à Charleroi) sans grande clarté dans les choix, faits ou à faire.
Le document des fonctionnaires de la Région doit maintenant servir de base de dialogue entre les deux ministres concernés : Yves Coppieters (Environnement) et François Desquesnes (Territoire). Tous les deux issus des Engagés, cela devrait théoriquement rendre les discussions plus faciles que pour le permis de l'aéroport de Liège sur lequel avaient dû se mettre d'accord le libéral Willy Borsus et l'Ecolo Céline Tellier. Ils devront certainement aussi tenir compte des reproches qui ont été faits au permis liégeois.
Le permis carolo doit être délivré avant l'expiration de l'actuel, fin juillet. Et une question supplémentaire : le nouveau permis est prévu pour une durée de 20 ans mais les fonctionnaires veulent le limiter à janvier 2045. Pourquoi ces quelques mois en moins ?
