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Les trajectoires de vol sont une question politique, non juridique
(18-06-2026)
La régulation de l’aviation impose de mettre en balance des intérêts très divers. C’est par excellence une tâche dont les responsables politiques devraient se saisir.
Source : De Standaard (12 juin 2026)
Rares sont les activités économiques dont les coûts dits « externes » sont aussi élevés que le secteur de l’aviation. Il s’agit de coûts qui ne sont pas intégrés dans le prix du produit, parce qu’ils ne sont pas payés par celui qui les provoque, mais par la collectivité. Prendre l’avion est très bon marché pour ceux qui y recourent, mais extrêmement coûteux pour la société.
C’est ce que l’on constate une fois de plus alors que la Région bruxelloise s’oriente vers un conflit avec l’autorité fédérale. L’enjeu porte sur les nuisances sonores que Brussels Airport impose aux riverains de la route d’approche vers la piste 07L. Cette route traverse de part en part l’agglomération bruxelloise, densément peuplée, et provoque depuis peu davantage de nuisances qu’auparavant. Cela tient au fait qu’elle est utilisée plus fréquemment, mais aussi à l’adaptation de son tracé pour des raisons de sécurité.
Bruxelles demande désormais au juge d’examiner la légalité du recours accru à la piste 07L. Si ce recours s’avère illégal, la Région demande que des astreintes soient imposées à l’autorité réglementaire. Le juge doit donc choisir : préserver le repos nocturne de milliers de Bruxellois, ou garantir la sécurité et l’efficacité que l’aéroport entend assurer. Bruxelles dispose de normes strictes en matière de bruit, mais les routes d’approche sont déterminées au niveau fédéral. Les trajectoires de vol sont depuis des années une pomme de discorde, et ce n’est pas la première fois que des juges se penchent sur la question.
En réalité, ce n’est pas à la justice de trancher, mais aux instances politiques. Ce type de dilemme relève par excellence du domaine politique. Que jugeons-nous plus important : le repos nocturne ou la sécurité ? La croissance de l’aéroport, ou le confort des Bruxellois ? La facilité d’un vol rapide et bon marché vers le soleil, ou le bien-être de dizaines de milliers de personnes ? À quoi donnons-nous la priorité : à l’économie ou à la qualité de vie ?
Le problème, bien sûr, c’est que les élus formuleront leur réponse à ces questions moins en fonction de leurs convictions idéologiques que de l’origine géographique de leur électorat. Les nuisances sont concentrées à Bruxelles, alors que l’intérêt économique de l’aéroport concerne davantage de Belges que les seuls habitants de la capitale. La meilleure solution serait que les ministres concernés se mettent autour de la table, de préférence avec des représentants de l’aéroport et des organisations de riverains. C’est la seule voie vers un compromis largement soutenu. Une décision de justice n’est pas une baguette magique qui ferait disparaître le problème. Tout au plus peut-elle servir à parvenir plus rapidement à un tel compromis.
