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Ans Persoons part en guerre contre les vols au-dessus de la capitale : « C’est une question de justice sociale »
(18-06-2026)
La Région bruxelloise saisit la justice pour mettre un terme aux vols au-dessus de la capitale. Cela pourrait déboucher sur des astreintes pour l’État belge. La secrétaire d’État bruxelloise Ans Persoons (Vooruit) mène la résistance. « Nous devons défendr
Source : De Standaard (12 juin 2026)
Bruxelles en a assez des nuisances provoquées par une nouvelle route d’atterrissage qui traverse ses quartiers résidentiels les plus densément peuplés. La Région saisit la justice avec une action en cessation visant cette route. Il s’agit d’une procédure en référé, qui pourrait contraindre l’État belge à payer des astreintes en cas d’infractions aux normes de bruit bruxelloises lors des atterrissages sur la piste 07L de Brussels Airport.
Cette piste a été davantage utilisée ces derniers mois, comme l’a montré une précédente enquête de De Standaard. La pétition « Non au survol » a recueilli plus de 12.000 signatures. Des collectifs bruxellois parlent de la « route Crucke », du nom du ministre fédéral de la Mobilité Jean-Luc Crucke (Les Engagés). C’est en effet la Direction générale Transport aérien et le ministre fédéral de la Mobilité qui déterminent à quel moment quelle piste doit être utilisée, en fonction de l’heure et des circonstances. Sur cette base, et en concertation permanente avec le service météorologique, le gestionnaire du trafic aérien Skeyes dirige le trafic aérien.
« Une autoroute aérienne au-dessus des quartiers les plus densément peuplés de Bruxelles est inacceptable », déclare la secrétaire d’État bruxelloise à l’Environnement Ans Persoons (Vooruit), quelques minutes à peine après avoir obtenu l’accord du gouvernement bruxellois pour introduire une telle action en cessation. Ces dernières semaines, le gouvernement avait pourtant donné peu de signes d’unité, mais cette fois, le consensus s’est dégagé assez rapidement.
Ce n’est pas la première fois que Bruxelles introduit une telle action en cessation contre une route aérienne. Il y a exactement dix ans, en juin 2016, le gouvernement bruxellois l’avait déjà fait pour la route 01, avec les communes bruxelloises et des associations d’habitants. Le tribunal de première instance francophone de Bruxelles avait alors jugé que l’État belge avait fait preuve de négligence. Le juge avait imposé des astreintes de 100.000 euros par semaine de retard.
Pourquoi pensez-vous que cette action en cessation a, elle aussi, des chances d’aboutir devant un juge ?
« La route 07L existait déjà à l’époque, mais elle était à peine utilisée, précisément parce qu’elle était destinée à ne l’être qu’à titre tout à fait exceptionnel. L’an dernier, elle a d’abord été davantage utilisée parce que des travaux étaient en cours sur les autres pistes d’atterrissage. Mais aussi parce qu’elle est désormais équipée d’un système de navigation par satellite, ce qui permet de l’utiliser beaucoup plus. Ce que les gens vivent aujourd’hui par vent d’est, c’est un corridor, une autoroute d’avions : 300 en une seule journée, soit un avion à quelques minutes d’intervalle. Fin avril, il y a eu une semaine infernale pour ces Bruxellois, avec tant de vols passant très bas au-dessus de leur tête. À Bruxelles Environnement, nous avons reçu un flot de plaintes et de courriels. 96 pour cent de ces avions dépassent les normes de bruit. Donc oui, je pense que cela conduit logiquement à une décision similaire. »
Cette route est tout simplement plus sûre : elle ne croise aucune autre trajectoire et les avions peuvent suivre une trajectoire rectiligne vers l’atterrissage, au lieu de devoir effectuer un virage.
« Qu’est-ce qui est plus sûr ? Plus facile, certainement, car on ne croise aucune autre trajectoire. On peut donc faire atterrir des avions sans interruption, à un rythme très rapproché. »
Bruxelles demande-t-elle alors une réduction du nombre de vols, et donc une perte économique ?
« Moins de vols, cela signifie moins de nuisances sonores, c’est évident. Les Bruxellois acceptent toutefois que des avions survolent Bruxelles et qu’eux aussi doivent prendre leur part des nuisances. Nous demandons surtout une meilleure répartition. Ici, 270.000 personnes sont touchées. Sur les routes préférentielles, il s’agit de 14.000 et de 20.000 personnes ; pour la piste 01, de 34.000 personnes. Tout le monde comprend l’importance économique de l’aéroport et son rôle pour l’emploi dans la région. Mais la répartition doit être équitable. »
« Le nombre de vols relève d’ailleurs du permis d’environnement de l’aéroport. C’est un processus tout à fait distinct, qui se déroule aujourd’hui en parallèle, puisqu’un nouveau permis d’environnement doit être délivré d’ici à 2029. »
Vous subissez aussi personnellement ces nuisances ? Vous habitez vous-même sous cette route d’atterrissage contestée ?
« Ce n’est pas pour cela que j’agis en tant que secrétaire d’État. Si je n’habitais pas en dessous, j’agirais de la même manière. Mais c’est vrai, il m’arrive aussi de ne pas en dormir. »
« Il ne s’agit pas d’un peu de nuisances sonores. Il s’agit de personnes qui ne peuvent plus dormir, d’enfants qui ne peuvent pas dormir, de personnes qui ne peuvent pas travailler pendant la journée, d’un stress accru, d’une pollution de l’air accrue. Cela a réellement un impact sur le bien-être et la santé. À côté de l’économie et de l’emploi, cela aussi doit être mis dans la balance. »
Au lieu de saisir la justice, n’auriez-vous pas pu simplement téléphoner à votre collègue de parti, le vice-Premier ministre Frank Vandenbroucke (Vooruit) ? Ou votre collègue des Engagés au gouvernement bruxellois n’aurait-il pas pu téléphoner à son collègue de parti, M. Crucke ?
« Qu’une autorité publique introduise un recours contre une autre, ce n’est pas un signal positif envoyé aux citoyens, c’est vrai. J’ai cependant rencontré le ministre Crucke. Quand je lui ai demandé ce qu’il comptait faire à court terme, il est apparu clairement que rien ne se passerait. M. Crucke pourrait agir de sa propre initiative, mais il a indiqué qu’il voulait travailler uniquement sur la base d’un consensus au sein du gouvernement fédéral. J’ai alors compris que si nous ne faisions pas entendre une voix bruxelloise unie, cette route serait beaucoup plus utilisée à l’avenir. »
« C’est une question de justice sociale. Il s’agit des quartiers les plus densément peuplés et les plus pauvres de Bruxelles, à Molenbeek-Saint-Jean, Koekelberg, Laeken, Schaerbeek. Ce sont des personnes qui vivent souvent dans des logements mal isolés et qui connaissent déjà bien d’autres problèmes en matière de qualité de l’air et de nuisances sonores. On ne peut pas leur imposer en plus autant de vols au-dessus de la tête. Beaucoup de ces personnes n’ont ni la capacité de se faire entendre ni la marge de manœuvre nécessaire pour s’organiser et protester. Mais, en tant que gouvernement bruxellois, nous devons prendre leur défense. »
Bruxelles le fait aussi dans la procédure relative au nouveau permis d’environnement de l’aéroport. Bruxelles exigera-t-elle l’interdiction des vols de nuit ?
« Aucune décision gouvernementale n’a encore été prise à ce sujet, mais j’y suis favorable. L’aéroport est tenu de réduire les nuisances sonores de 30 pour cent. J’espère qu’une interdiction des vols de nuit en fera partie. »
