Route Crucke : l'autoroute aérienne au-dessus de Bruxelles bientôt au coeur d'un bras de fer judiciaire
(14-05-2026)

La colère gronde autour du survol intensif du nord-ouest de la capitale. Alors que les plaintes ont déjà dépassé en quatre mois le total de toute l'année 2025,

Source : Trends Tendance (12 mai 2026)

La Région bruxelloise envisage des poursuites judiciaires contre le fédéral. La commune de Lennik lui emboîte
le pas, car ici aussi on ne croit plus aux seules explications techniques
Depuis décembre, la piste 07L de Zaventem,
rebaptisée “route Crucke” par ses riverains, s’est imposée dans le quotidien du
nord-ouest de Bruxelles. Concrètement, les avions ne suivent plus une
trajectoire courbe passant par Grand-Bigard, Lennik, Jette et Laeken avec un
virage au-dessus de Haren, mais une ligne droite qui survole Lennik, Dilbeek,
Molenbeek, Koekelberg, Schaerbeek, Evere et Haren. Une trajectoire qui survole
certains des quartiers les plus densément peuplés de la capitale (on y compte
jusqu’à plus de 25 000 habitants au kilomètre carré par endroits), condamnant
au passage plus de 500 000 habitants à subir des nuisances sonores en forte hausse.
Une situation qui s’empire
La situation déjà problématique cet hiver s’est
encore empirée au printemps. Les 5 839 mouvements déjà enregistrés en quatre
mois frôlent à eux seuls le total de 2025 (5 957). Le jeudi 30 avril a même
constitué un pic historique. Ce jour-là, ont été dénombrés pas moins de 307
atterrissages sur la piste 07L, dont 42 de nuit. C’est un avion toutes les
quatre minutes en journée, et toutes les dix minutes la nuit. 
Les statistiques de Skeyes et de l’aéroport
n’annoncent aucune accalmie. Au rythme actuel, la piste 07L aura accueilli en
un an entier deux fois plus d’atterrissages qu’en 2024 (3 203 sur l’ensemble de
l’année).
Une “autoroute aérienne” 
Selon la secrétaire d’État bruxelloise à
l’Environnement Ans Persoons (Vooruit), le ciel du nord-ouest de Bruxelles
s’est tout simplement transformé en une “autoroute aérienne”.
Le mécanisme à l’origine de ces nuisances reste
le même que celui décrit
en
février dans nos colonnes
: un vent d’est de plus en plus persistant lié
au changement climatique, couplé à la nouvelle procédure d’atterrissage GPS
imposée par l’Europe depuis l’an dernier. Cette navigation satellitaire, plus
sûre, aligne tous les appareils sur un couloir unique beaucoup plus tôt dans
leur approche, concentrant le bruit sur les mêmes toits de Molenbeek,
Koekelberg, Schaerbeek, Evere et Haren. En décembre, 96 % des vols concernés
dépassaient les normes sonores bruxelloises de 80 décibels, un seuil au-delà
duquel le vrombissement des réacteurs couvre toute conversation, même en plein
air.
Vers un bras de fer judiciaire
Ce qui n’était encore qu’une grogne citoyenne cet
hiver est en passe de devenir un bras de fer judiciaire. 
Car avec les vols qui augmentent, les plaintes
aussi. Durant les quatre premiers mois de l’année, plus de 900 plaintes ont été
enregistrées auprès de Bruxelles Environnement. C’est plus que le nombre de
plaintes déposées en 2025. Face à ce que ses habitants “ne supportent plus”,
la secrétaire d’État Ans Persoons va demander au gouvernement bruxellois
d’engager des poursuites contre l’autorité fédérale, compétente pour les routes
aériennes autour de Brussels Airport. La Région rejoindrait ainsi les communes
de Koekelberg, Molenbeek, Schaerbeek, Evere et Anderlecht, qui avaient déjà
annoncé leur intention d’ester en justice. Du côté flamand, la commune de Lennik, qui se
trouve en amont de la trajectoire, prépare, elle aussi, un recours. Sa
bourgmestre Irina De Knop (Anders) va plus loin que les arguments techniques :
selon elle, il y a “davantage en jeu” derrière les explications officielles,
dit-elle dans
De
Standaard
. Elle pointe le fait que la piste 01, qui
survole la périphérie sud-est de Bruxelles, moins peuplée mais plus aisée, est
nettement moins utilisée qu’auparavant. On y compte en moyenne 264
atterrissages par mois sur les quatre premiers mois de 2026, contre 1 093
mensuels l’an dernier. Depuis 2016 et jusqu’à cette année, la 01 avait toujours
été plus sollicitée que la 07L. “Tout laisse à penser que les routes ont été
redistribuées au profit d’autres communes”, dit-elle.
Crucke sur la défensive
Une lecture pas totalement subjective puisqu’elle
est confortée par une étude
ULB-IGEAT
sur « les impacts de l’implémentation de procédures PBN pour les
atterrissages sur la piste 07L à Brussels Airport » (novembre 2025). Elle
pointe
deux
facteurs
pour expliquer la bascule vers la 07L. Le premier est que les riverains de
la piste 01 ont multiplié les recours juridiques au fil des années, rendant son
usage politiquement plus coûteux. Le second est que l’utilisation simultanée de
pistes parallèles permet d’augmenter la capacité globale de l’aéroport. 
Le ministre fédéral de la Mobilité Jean-Luc
Crucke (Les Engagés), dont le nom est désormais associé à cette controverse,
réfute toute arrière-pensée : “Aucune décision politique n’a été prise pour
avantager ou désavantager une zone, un bourgmestre ou une couleur politique”,
a-t-il déclaré dans
De
Standaard
. Il a chargé le SPF Mobilité d’établir “un
rapport détaillé”. Il était annoncé pour avril, mais n’a toujours pas été rendu
public à ce jour. Les éventuelles mesures correctives n’interviendront qu’après
sa remise. 
En attendant, le statu quo se prolonge. Et, avec
lui, le bruit. 
Car du côté Brussels Airport on se projette dans
l’avenir avec un nombre de vols à la hausse, même si on promet moins de
nuisances. 
Une promesse à long terme
Son CEO Arnaud Feist a promis vendredi dernier
lors de sa présentation des chiffres annuels une croissance “au rythme du
marché” : 32 millions de passagers visés d’ici 2032, contre 24,4 millions en
2025, mais avec moins de nuisances. Quarante-deux pour cent des vols sont
aujourd’hui opérés avec les appareils les plus silencieux, contre 20 % en 2016,
et l’objectif est d’atteindre 60 % d’ici cinq à six ans. La procédure
d’approche équilibrée, lancée par les gouvernements fédéral et flamand, prévoit
une réduction de 30 % du nombre de personnes fortement gênées d’ici 2032. Un
objectif que le CEO lui-même qualifie de “très difficile à atteindre”. Pas
franchement rassurant pour les Bruxellois.

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